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Le Njoku de Buea — éléphant monumental, trompe levée, réalisé par NOUMSI KEMEGNE NADÈGE
MonumentSymbole sacré BakweriBuea, Sud-Ouest Cameroun

Le Njoku
de Buea

L'éléphant sacré  ·  Peuple Bakweri  ·  Sud-Ouest, Cameroun

Buea

Ville d'installation

Bakweri

Peuple autochtone

Njoku

Nom sacré de l'éléphant

Le Maale

Danse rituelle dédiée

Naissance d'un monument

« Arrh Njoku ! »
Ces bananes valaient tout l'or du monde

Le Njoku — c'est ainsi que les Bakweri, peuple autochtone de Buea, appellent l'éléphant. Et pour NOUMSI KEMEGNE NADÈGE, ce monument est l'un des plus beaux qu'elle ait jamais réalisés — non pas pour sa taille, mais pour ce qu'il a provoqué dans le cœur des gens.

Pendant les travaux de construction, des mamans du quartier passaient par là. Dès qu'elles reconnaissaient la silhouette de l'éléphant prendre forme, elles s'écriaient avec ferveur : « Arrh Njoku ! ». Elles s'approchaient alors de l'artiste et lui disaient :

« Ma fille, nous n'avons rien de grande valeur à t'offrir, mais tu es en train de nous faire un immense honneur. Prends ces bananes. »

Ces bananes offertes avec le cœur — et les noix de kola, et les sourires des vieilles mamans qui revenaient jour après jour — valaient bien plus, aux yeux de NOUMSI, que tout l'argent perçu pour ce monument. Ce rituel de gratitude spontanée s'est répété jusqu'à la fin des travaux, avec des femmes différentes à chaque fois, venues honorer leur symbole renaissant dans la pierre et le bronze.

C'est en menant ses enquêtes après coup que l'artiste a compris l'ampleur de ce qu'elle avait accompli. Le Njoku n'est pas un simple animal dans la culture Bakweri : c'est le symbole même de ce peuple, un être sacré autour duquel gravite toute une cosmologie, une société secrète et une danse rituelle — le Maale.

NOUMSI KEMEGNE NADÈGE

Fondatrice — ETS ARTCONCEPT · Yaoundé, Cameroun

Le Njoku de Buea en cours de réalisation — NOUMSI KEMEGNE NADÈGE assise sur l'éléphant monumental, trompe levée

Le Maale — La danse de l'éléphant

Quand les hommes deviennent éléphants

Chez les Bakweri, l'éléphant est si sacré qu'ils lui ont dédié une société rituelle et une danse : le Maale. Avant de l'exécuter en public, les initiés se réunissent d'abord en secret au milieu de la nuit. Le succès de ce rituel nocturne va entièrement déterminer la réussite de la danse festive du lendemain devant toute la communauté.

Lors de cette veillée secrète, une personne est spécifiquement chargée de surveiller les corps sans prendre part à la danse. Ceux qui battent les tam-tams ne se mêlent pas non plus aux danseurs. Car ce qui se passe alors dépasse la simple chorégraphie.

Il arrive un moment où le physique, le mystique et la mélodie vibrent au même diapason. Les danseurs entrent alors en transe profonde. Dans cet état, ils sortent de leur corps : leurs esprits quittent la matière pour aller là où ils le désirent, guidés sur un chemin déjà tracé par leur leader spirituel. À cet instant, ils s'incarnent dans l'éléphant, possèdent sa force, accomplissent ce qu'ils ont à faire, puis reviennent.

Pendant ce voyage mystique, le corps physique laissé sur place se trouve dans son état le plus vulnérable et le plus fragile. C'est pour cette raison qu'un gardien doit impérativement veiller sur les corps. Car si quelqu'un déplace un corps — sans même chercher à le tuer —, l'esprit, à son retour, ne pourra plus retrouver son enveloppe charnelle et sera condamné à devenir une âme errante.

Lecture de l'œuvre

Trois dimensions symboliques

01

La trompe levée

Dans la symbolique africaine comme dans la culture Bakweri, l'éléphant à la trompe dressée incarne la victoire, la prospérité et l'appel aux esprits. Le Njoku de Buea interpelle le ciel — il annonce et rassemble.

02

Le gardien du seuil

L'éléphant Bakweri n'est pas un animal ordinaire : c'est une entité qui existe simultanément dans le monde visible et dans le monde des esprits. Le monument matérialise ce gardien entre deux mondes, entre la communauté et l'invisible.

03

L'offrande des mères

Les bananes et les noix de kola offertes spontanément par les vieilles mamans durant la construction sont elles-mêmes une dimension symbolique. Elles ont reconnu dans l'œuvre non pas une sculpture, mais une présence vivante qui méritait d'être honorée.

Parole de l'artiste

« Ces bananes qu'elles m'offraient avec le cœur valaient bien plus que tout l'argent que j'ai pu percevoir pour ce monument. »

— NOUMSI KEMEGNE NADÈGE · Fondatrice, ETS ARTCONCEPT

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